07.64.10.40.60
lcontente.osteo@gmail.com

L’homme sain n’est pas sain

Ostéopathe

L’homme sain n’est pas sain

Et la disgrâce de ceux qui lui dédient leur vie

Lecture: Histoire des médecins, Artisans et artistes de la santé de l’Antiquité à nos jours, de Stanis Perez.

Adeptes de l’histoire de la médecine à travers l’évolution de ses découvertes scientifiques et techniques s’abstenir, ce livre retrace avant tout la figure sociale du médecin et son implication politique de l’Antiquité à nos jours.

Avec précision et beaucoup de références, Stanis Perez, professeur agrégé et docteur en Histoire, se lance avec rigueur dans la grande entreprise qu’est celle de raconter l’histoire des médecins du point de vue de la société. De la reconnaissance qu’ils avaient de la part des citoyens, des hommes de foi et de pouvoir à leur formation en passant par leur rapport à la rémunération ou encore les différents courants de penser la santé et panser la blessure.

Stanis Perez ne cède pas à la facilité de parler de ceux dont le portrait a déjà été dressé des milliers de fois. Ainsi, nous ne trouvons dans ce recueil pas de Vésale, d’Ambroise Paré ni de Baron Larrey… Il s’agit moins de l’histoire des grands noms que de celle de tous les autres, constituant la masse mouvante au gré des influences sanitaires et polico-religieuses.

Au fil des pages, il devient plus facile d’imaginer le quotidien de celui qui, à toutes les époques, occupe une place particulière, celui dont on attend beaucoup et à qui l’on ne passe rien, celui qui peut être sauveur comme bourreau, tantôt adulé, tantôt condamné. Au travers de son récit chronologique, on peut lire l’évolution laborieuse d’une médecine contemporaine accouchée dans l’agitation des guerres, l’impétuosité des épidémies, la virulence des débats publiques et la divergence des opinions scientifiques et éthiques.

La santé comme un droit

Une mention spéciale au dernier chapitre du livre sur le médecin contemporain de 1940 à nos jours que j’ai particulièrement apprécié. La description de la mise en place du système de soin connu aujourd’hui et ses failles a le mérite d’être suffisamment précis mais tout à fait digeste. Après avoir lu les mots du docteur en Histoire, on ne peut pas ignorer que notre système est en péril et que ce sont notre politique et l’évolution du concept de santé qui en sont en partie responsables. Au-delà de l’aspect financier, c’est bien la notion de la « bonne santé » comme un critère indispensable à une « bonne vie » et un droit individuel revendiqué qui définissent les contours de la médecine d’aujourd’hui.

La définition de la santé s’est elle-même complexifiée en se rapprochant d’un « art de vivre » ou d’un « style de vie » censé mettre le corporel en harmonie avec le mental et l’individu avec la société. Et devenant l’attribut majeur de la satisfaction individuelle, qu’elle soit sexuelle, alimentaire ou psychique, la santé s’est surmédicalisée puis, par effet de balancier encore inachevé, s’est partiellement « démédicalisée » en s’appliquant à tout et n’importe quoi. (…). En colonisant tout le champ social, la maladie, avatar de la crise, de la misère, de l’injustice ou de la mort, est devenu le garant d’une société considérée à tort comme un absolu, sinon comme un droit opposable. »

p 375

L’illusion d’une « santé parfaite »

Les optimistes ne fréquentent pas les salles d’attente, persuadés que leurs maux contribuent à leur mieux être et que leur corps saura retrouver le chemin de l’équilibre. La foi frisant chez certains l’inconscience, leur présence au bureau du médecin mérite l’intérêt de celui qui ne les voit que trop rarement au milieu de la bobologie et des complaintes. Dans les cabinets, les patients exigeants ont remplacé les anxieux. Les premiers ne tolèrent pas l’inconfort qui les contraignent dans leur quotidien, tandis que les seconds s’inquiètent des signes d’un déclin. La vie va s’en va, la jeunesse emporte avec elle l’insouciance et la souplesse ! Et c’est comme ça! Mais les deux ont en commun la volonté de contrôler leur corps et attendent du médecin qu’il leur en donne le pouvoir.

 L’homme sain n’est pas sain. La maladie fait partie de la vie quotidienne et la conviction selon laquelle le fonctionnement normal de notre corps exclut toute aspérité est une superstition que le corps médical se doit également de combattre auprès de patients. 

p 375

Donc ce monde où la santé est un service, celui qui avait le don, l’art ou la science du soin dans l’histoire est devenu le prestataire qui n’a plus le droit à l’erreur dans la mesure où la médecine a fait d’immenses progrès. Le soin est robotisé et l’échec relève de l’escroquerie.

En normalisant le corps parfait indolore (et symétrique, beau et fort) comme l’existence d’une télé dans les salons ils créent insidieusement le nid de la frustration chez ceux qui ont mal (et qui n’ont pas de télé). Il ne s’agit plus d’un corps sain dans un esprit sain mais d’un corps normalisé dans un esprit standardisé. Ce qui était la tendance à l’harmonie vers laquelle essayait de tendre chacun dans l’intimité de ses choix de vie devient une mode sujette à la consommation.

Pour aller encore plus loin, Stanis Pérez fait référence à Ivan Illich et son œuvre Némésis médicale dans laquelle il décrit le système de soin comme « le volet biomédical du système industriel » par l’aliénation du patient.

Les émissions de radio ou de TV spécialisées bien-être, les livres de régime ou d’art de vivre, les guides de la santé… Ceux qui entretiennent cette idée selon laquelle l’absence de toutes gênes ou douleurs doit être la normalité se targuent entre eux d’avoir la clé des meilleurs remèdes : acupuncture, régime sans ou avec, tapis de massage, phytothérapie, ronronthérapie, Fleurs de, huiles, couleurs, odeurs, lumières… ostéopathie?

Réflexion ostéopathique :

Non seulement relégué au soin de confort par l’article 1 de la loi de 2007, l’ostéopathe est exclu des médecines paramédicales et condamné à l’exercice libéral. Ainsi non reconnu comme potentiellement efficace pour traiter la pathologie et livré en pâture aux consommateurs du « service de soin », l’ostéopathe devient formellement un prestataire.

C’est sans compter sur l’opinion publique…

Dans le fond comme dans la forme, l’ostéopathie a perdu l’opportunité de s’inscrire dans les soins applicables aux pathologies organiques le jour où elle n’a été reconnue qu’à moitié. Les espoirs que portait l’ostéopathie à sa naissance n’ont jamais existé aux yeux de la loi et de la majorité de la communauté scientifique et ne sont plus enseignés dans les écoles. Pourtant, les patients n’ont jamais été plus convaincus du statut de soignant de l’ostéopathe qu’aujourd’hui…

L’ostéopathie, entre deux siècles, entre deux continents, ni médecin ni kiné, tolérée mais non reconnue, entre la prestation et le soin. L’ostéopathie, entre-deux… sujet du prochain article!

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *