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L’ostéopathie libérale n’a pas d’avenir en France

Ostéopathe

L’ostéopathie libérale n’a pas d’avenir en France

Lecture: Regards croisés sur l’Ostéopathie

En dernière page, cette phrase conclu avec aplomb l’intéressante réflexion menée par le philosophe normalien et l’ostéopathe dont les arguments éclairés alimentent la discussion de 150 pages accessibles au large public mais plutôt destinés aux acteurs de santé et indispensable, à mon avis, à tous les ostéopathes titrés ou en devenir.

Co écrit par Yanis Constantinides et Frédéric Pariaud, cet ouvrage rompt littéralement avec tous ceux qui s’accumulent au rayon des thérapies manuelles. Véritable réflexion sur la pratique ostéopathique, de ses principes à ses outils en passant par sa réglementation en France et l’évolution qu’elle a subi au détriment de sa version originale, les auteurs nous proposent de la comprendre au travers de différentes facettes d’un même prisme: l’éthique.

Dans la première partie, la plume habile du philosophe trace les contours de la philosophie ostéopathique en décrivant d’abord la dévalorisation de la thérapie manuelle dans notre société empreinte du dualisme judéo-chrétien opposant l’esprit noble au corps méprisable. Au contraire du mécanisme cartésien opposant le corps et l’esprit, il remet en valeur l’intelligence propre du geste. La thérapie manuelle de l’ostéopathie symbolise une résistance à la médecine virtuelle dans la quelle glisse le monde contemporain.

L’ostéopathie trouve dans ce chapitre son meilleur portrait, décrite sans artifice et avec douceur l’auteur rapproche la vision Stillienne à la médecine hippocratique et leur volonté commune à préférer les actes aux discours. En cela, il n’hésite pas à la différencier du charlatanisme.

L’éthique serait le meilleur témoignage de la mauvaise conscience de la médecine techniciste froide et neutre qui a cherché à se donner un supplément d’âme.

Même s’il est essentiel que chaque ostéopathe sache positionner sa main sans oublier que les gestes sont admis par la relation de soin, l’ostéopathie a ça d’exceptionnel qui ne pourra lui être retiré que les principes éthiques découlent naturellement de sa philosophie.

Si la première partie reflète une image non sans affinité de la belle pratique artisanale résistant à la déshumanisation et dont les principes moraux découlent de sa philosophie, la deuxième partie écrite par un ostéopathe ne rechigne pas à éclairer toutes les défaillances de la profession allant jusqu’à prédire son extinction.

L’auteur pointe du doigt le désordre législatif autour d’un profession non reconnue mais tout juste tolérée. De ce constat, il énumère toutes les incohérences autour de la profession et de son intégration dans le système de santé. C’est avec raison que M Pariaud dissèque un par un les principes sur lesquels s’appuient la communauté ostéopathique pour définir sa pratique originale pour démontrer qu’ils ne lui sont pas exclusifs. Ainsi, il n’hésite pas à la qualifier de

discipline patchwoork qui prend souvent la globalité comme alibi au fourre -tout thérapeutique.

L’ostéopathie répond à une brèche laissée béante par la médecine traditionnelle dans laquelle des milliers de jeunes convaincus ou naïfs ont plongé dans la faille permise par la robotisation du soin. Seulement voilà, l’ostéopathie telle qu’elle existe aujourd’hui est dans une impasse. Au delà du fait que sa définition et ses principes ne font pas consensus, son potentiel est abandonné au profit d’une pratique limité au soin psycho-somatique.

C’est avec regret qu’il constate que de l’ostéopathie originelle n’a survécu dans les cabinets des ostéopathes français que sa vision holistique du patient considéré comme un ensemble complexe et sensible mais qu’en la reléguant à un soin de confort destiné au plus riches, le système a écrasé ses convictions selon lesquelles elle aurait sa place dans le traitement de pathologie organique.

« Bienvenue dans le monde du soin de confort destiné à Ken le bobo fringuant et à Barbie la jeune maman »

Sa réflexion quant au devoir de soin appuie son propos selon lequel l’ostéopathie ne pourrait évoluer qu’au sein d’une équipe pluridiscplinaire avertie de ses méthodes. Ce qu’il qualifie comme le devoir de sincérité relève davantage d’un savoir être, en résistant à la curiosité, l’ostéopathe doit laisser tomber les mots pour laisser place à une conversation silencieuse dans le geste.

Entre les lignes de son constat caustique du paysage ostéopathique actuel, l’auteur laisse deviner sa désillusion, de décrets incomplets et de réglementations insensées, quant aux opportunités ratées de tirer profit des techniques et de la vision ostéopathique dans le système de soin.

Stupéfaite par la capacité de prise de recul d’un ostéopathe au sujet de sa propre profession et admirative des lignes d’écriture du duo ostéopathico-philosophique, je garde avec soin ce livre dans lequel je n’hésiterai pas à me replonger si toutefois le besoin me reprenait de lire tout ce qui fait de l’ostéopathie une pratique aussi fascinante que déconcertante.

Y. Constantinidès et F Pariaud. Regard croisés sur l’ostéopathie. Belgique: De Boeck.

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